Le régime du Nil
En amont, au sortir des lacs Victoria et Kioga, le régime du fleuve est pondéré par les nappes lacustres, si bien que les débits des mois extrêmes, exprimés en coefficients mensuels, ne sont que de 1,11 en septembre-octobre et 0,85 en mars, l'écoulement présentant un seul maximum en juin et un seul minimum en février.
Les émissaires des lacs Édouard et Albert, qui apportent leur eau au Nil Victoria, connaissent la même pondération dans leur écoulement, mais avec un régime un peu plus complexe faisant alterner deux périodes de hautes eaux relatives, en décembre-janvier et mai-juin, que séparent deux phases d'étiage en avril et juillet-août.
Ces eaux, dont l'écoulement ne présente guère de contrastes saisonniers, se rassemblent dans le Bahr el-Djebel dont le régime, à Mongalla, reste encore très pondéré, avec un faible maximum d'août-septembre et un minimum peu marqué de février, l'apport des affluents tropicaux reçus en cours de route modifiant l'organisation de l'écoulement née dans la portion équatoriale du bassin.
C'est un fleuve considérablement amoindri par l'évaporation, et privé de la moitié de son écoulement, qui s'échappe de la cuvette du Bahr el-Ghazal pour recevoir bientôt un fort apport estival venu des montagnes d'Abyssinie par l'intermédiaire du Sobat, du Nil bleu et de l'Atbara. Chacun de ces puissants affluents présente un régime de type tropical boréal, mais l'irrégularité de l'écoulement et le manque de pondération se font de plus en plus sentir du sud vers le nord. Ainsi, tandis que le Sobat voit ses débits mensuels extrêmes varier entre 0,23 (avril) et 1,76 (novembre), ceux du Nil bleu oscillent, déjà, entre 0,07 (avril) et 3,45 (septembre), tandis que l'Atbara est à sec de janvier à mai, le coefficient mensuel s'élevant à 5,56 en août, lors du maximum saisonnier, lequel se fait de plus en plus précoce du sud au nord.
Après avoir reçu l'Atbara, le Nil, qu'aucun affluent ne rejoindra plus, fonctionne comme une simple artère de transit dont le débit s'appauvrit régulièrement vers l'aval du fait de l'évaporation et des prélèvements opérés par les irrigants. Lors de l'entrée en Égypte, en mai, avec un coefficient mensuel de débit égal à 0,21, l'essentiel du débit est assuré par le Nil blanc et le Sobat (83 p. 100 de l'écoulement), le Nil bleu n'apportant que 17 p. 100 du débit et l'Atbara étant à sec. Au contraire, en période de hautes eaux, l'apport des fleuves abyssins devient décisif : ainsi, en septembre, avec un coefficient mensuel d'écoulement égal à 3,1, le Nil bleu fournit 68 p. 100 du débit et l'Atbara 22 p. 100, la part du Nil blanc et du Sobat tombant à 10 p. 100. L'Abyssinie fournit donc au Nil égyptien un apport décisif en eau d'irrigation mais, même sans cette contribution, les eaux du Nil blanc parviendraient à la mer en toutes saisons. Le fleuve, réduit au Nil blanc et au Sobat, aurait, à Wadi-Halfa, un débit variant, dans l'année, entre 400 et 1 000 m3/s et ce sont les eaux du Nil blanc qui évitent au fleuve de s'assécher en mars-mai alors que les rivières d'Abyssinie connaissent des maigres accentués. Mais seule l'eau venue d'Éthiopie fait du Nil un grand fleuve dispensateur de vie, bien que le module de l'écoulement, 2 800 m3/s à Wadi-Halfa, soit fort modeste, ne représentant qu'un apport de 0,93 l/s par kilomètre carré de bassin.
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